Sept mois après Wit’s End, Cass McCombs a fait de nouveau l’actualité l’année dernière avec Humor Risk. Mais la prouesse de l’américain réside surtout dans le fait que ce nouveau disque est d’aussi bonne facture que son jeune prédécesseur.
Au lieu d’offrir une suite au long slow dans lequel il s’était engagé sur les huit titres de Wit’s End, le songwritter nous présente une autre facette. Moins romantique, moins langoureux, Cass se permet même quelques écarts rock sur le morceau "Mystery Mail". Mais ce qui m’a plus le plus marqué à l’écoute de cet album c’est une ambiance au vagabondage, à la manière de Kurt Vile, lui aussi auteur d’un excellent album en 2011 dont vous avez pu lire la chronique ici. Par vagabondage, j’entends une sorte de nonchalance folk, des mélodies légères portées par le « gratouilli » indolent de la guitare acoustique.
Ce disque donne envie de prendre la route, baluchon sur le dos et de marcher sur les traces de Sal Paradise.
Ils sont rares les songwriters actuels à relever le défi de sortir deux disques en une année, deux disques de grande tenue bien sûr. On peut même dire qu’ils doivent se compter sur les doigts de la main. De tête je citerai Bradford Cox, Dan Bejar, Sufjan Stevens. Cass McCombs en fait maintenant partie. En effet Cass s’est frotté à l’exercice de la double sortie en 2011, l’année dernière déjà.
Wit’s end a été publié en début d’année. L’album débute sur un slow intitulé "County Line". Une forme que nous n’avons plus beaucoup l’habitude d’entendre mais on sait l’américain romantique et il nous le prouve. C’est long, lent et désué mais bourré de charme. C’est comme un flashback d’une certaine époque. Alors on ferme les yeux et on tourne sur nous-mêmes en se rappelant les crooners kitsch des années 80-90. On se laisse envelopper par une ambiance floutée.
Le reste de l’album est calé sur le même rythme que le titre introductif. On alterne ambiance scintillante d’une nuit de Noël ("The Lonely Doll"), ambiance caverneuse d’un samedi noir ("Saturday Song"), sonorités baroque ("Memory’s Stain") ou valse klezmer ("A Knock Upon the Door"). Malgré ces changements d’atmosphère, ce disque n’en est pas moins épuré niveau orchestration. Cass McCombs a choisi de mettre en avant les claviers comme pour mieux faire ressortir tout le romantisme de sa personnalité. Une personnalité sensible et sombre qui s’exprime sur les touches d’un piano à la fois classique et jazzy.
Beaucoup d’esprit dans ce disque qui va faire du bien à toutes les âmes sensibles.
A l’heure où tout le monde fait des bilans, j’ai aussi décidé de faire un état des lieux de l’année passée. Cette année encore j’ai fait le choix de ne pas vous présenter des tops albums, chansons ou concerts. Vous en trouverez ailleurs sur Internet et de très bonne qualité comme sur le blog de mon ami Blake et puis je n’ai pas assez de contenu pour faire ce type de classement. J’ai donc opté pour une petite remise de prix façon festival de Cannes, par catégories. Tapis rouge et smoking de rigueur pour la cérémonie des Muffins :
Album de l’année : Other Lives – Tamer Animals
Ce disque s’est révélé à moi lors de la deuxième écoute. Le mariage parfait entre chansons folk et pop mélancolique. Des mélodies obscures qui s’ouvrent sur de grandes étendues orchestrales. Tout simplement somptueux.
Chanson de l’année : "Perth" de Bon Iver
Mon lecteur mp3 ne me remercie pas de l’avoir passée en boucle pendant des jours, des semaines et même des mois. Cette chanson est conçue pour émouvoir : l’arpège d’introduction, la voix aigue de Justin puis l’explosion instrumentale avec une batterie et une trompette qui semblent sonner la charge à l’émotion. "Perth" est un bijou dans sa structure composée par un très grand monsieur, le "garçon" comme l’appelle ma fille.
"Back to business" de l’année : Chokebore
Je les avais découverts il y a exactement 15 ans avec leur album A Taste for Bitters. Chokebore est une référence de la scène indépendante des années 90 qu’il est bon de voir de nouveau en activité. A noter en plus que la formation hawaïenne signe son retour sur le label bordelais Vicious Circle.
Pochette de l’année : Bill Callahan – Apocalypse
A la veille de l’année de la fin du monde, si l’apocalypse devait ressembler à la pochette de la dernière production de l’américain, je signerai tout de suite. L’apocalypse selon Bill, un retour à l’essentiel, à une nature qui reprend ses droits. La pochette met en avant un massif montagneux, quelque chose de grand donc comme le disque et son auteur.
Clip de l’année : Destroyer – Savage Night at the Opera
Je ne pouvais pas faire un bilan sans décerner une récompense à Dan Bejar, auteur d’un excellent album cette année intitulé Kaputt. C’est donc cette vidéo réalisée par David Galloway qui mérite une distinction. L’occasion aussi de déambuler dans la ville de Vancouver.
Artiste de l’année : Cass McCombs
L’américain est l’auteur de deux albums cette année : Wit’s End et Humor Risk. Deux albums, deux facettes d’un artiste sensible et surtout deux disques de très grande tenue.
Artiste français de l’année : François & the Atlas Mountain
En plus d’être les premiers français à signer sur le célèbre label Domino Records, François et sa bande réussissent un coup de maître avec un album inspiré qui révèle tout le génie créatif du charentais. Ambiances ethniques, pop poétique et collages électroniques composent le nouveau disque d’un artiste hexagonal majeur.
Label de l’année : Kütu Folk
Ce ne sera pas une surprise pour les habitués du blog. Cette récompense est logique. En dehors de toute la sympathie que je porte à ce label, les clermontois ont une fois de plus été très actif. A noter notamment le retour de Kim Novak sur le devant de la scène, un plaisir pour tous les fans et les deux nouvelles signatures de la fin d’année Dempster Highway et Garciaphone qui promettent un bel avenir au label cousu main. Mais je pense que l’événement majeur de Kütu Folk fut leur triomphe sur la scène des Transmusicales de Rennes où ils ont convaincu et charmé le public et les professionnels.
Coup de cœur de l’année : The Last Morning Soundtrack
C’était une évidence pour moi, Sylvain Texier devait avoir un prix. Il aura marqué mes esprits en cette année 2011. Son disque, le premier long format, A Distance. A Lack., est venu à moi, peut-être par le plus grand des hasards. Il n’était donc pas attendu et c’est en ça que c’est encore plus magique. Cet album est le reflet de son âme, singulier, authentique et sincère. Un album fait avec le cœur et les tripes. The Last Morning Soundtrack est ma plus belle révélation de l’année, une musique que j’ai envie d’offrir à tous les gens que j’aime et qui m’entoure.
Pâtisserie de l'année : Crunchy Top Lemon Cake
Je crois que l'on peut dire que cette recette a remporté haut la main le Muffin dans sa catégorie ! Moelleux, vous tomberez sous le charme du goût citronné de ce gâteau et ne parlons pas de la croute sucrée qui le recouvre...on a l'impression de croquer dans la banquise, le froid en moins !
Bon d'accord y'avait pas grand monde à la cérémonie des Muffins mais c'était sympa !